Un adjoint au maire ne perçoit pas un salaire mais une indemnité de fonction, versée en complément ou en parallèle d’une rémunération professionnelle. Cette distinction juridique conditionne tout le reste : régime fiscal, droits sociaux, plafonds de cumul. Depuis la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d’un statut de l’élu local, plusieurs mécanismes ont été précisés par décret, notamment le décret n° 2026-544 du 25 juin 2026. Voici comment l’ensemble s’articule concrètement en 2026.
Indemnité de fonction d’un adjoint au maire : base de calcul et plafonds
L’indemnité de fonction des adjoints au maire est fixée par délibération du conseil municipal, dans la limite d’un plafond lié à la strate démographique de la commune. Ce plafond est exprimé en pourcentage de l’indice brut terminal de la fonction publique.
Plus la commune est peuplée, plus le plafond autorisé est élevé. Un adjoint dans une commune rurale de quelques centaines d’habitants touche une indemnité nettement inférieure à celle d’un adjoint d’une ville de plus de 100 000 habitants. Le conseil municipal peut voter un montant inférieur au plafond, mais jamais supérieur.
La revalorisation du point d’indice de la fonction publique impacte directement le montant brut de l’indemnité. Chaque hausse du point se répercute automatiquement, sans nouvelle délibération nécessaire. Cette indemnité est soumise à la CSG, à la CRDS et, au-delà d’un certain seuil, à l’impôt sur le revenu selon le régime choisi par l’élu (retenue à la source ou option pour la déduction forfaitaire).

Cumul mandat d’adjoint et emploi salarié : ce que protège le décret de juin 2026
La majorité des adjoints au maire exercent une activité professionnelle en parallèle de leur mandat. La loi du 22 décembre 2025, complétée par le décret n° 2026-544 du 25 juin 2026, a formalisé des garanties que le droit du travail ne prévoyait auparavant qu’implicitement.
Absences liées au mandat assimilées à du temps de travail effectif
Les périodes d’absence d’un salarié élu municipal pour exercer son mandat sont désormais assimilées à du temps de travail effectif pour le calcul de certains droits. Concrètement, un adjoint qui s’absente pour une séance du conseil municipal ou une réunion de commission ne perd pas ses droits à prestations sociales ni ses avantages collectifs liés à l’ancienneté.
Le décret n° 2026-544 va plus loin en listant explicitement les avantages patronaux que l’employeur ne peut pas réduire du fait de ces absences :
- Titres-restaurant, chèques-vacances et CESU : l’élu salarié continue d’en bénéficier même s’il est absent pour des raisons liées à son mandat.
- Frais de transport personnel et avantages du CSE (comité social et économique) : ces éléments ne peuvent pas être supprimés ou diminués.
- Protection sociale complémentaire (mutuelle, prévoyance) : la couverture reste identique, sans surcoût lié aux absences municipales.
Ce cadre protège l’adjoint salarié contre une forme de pénalisation indirecte. Avant ce décret, certains employeurs déduisaient des avantages au prorata des heures d’absence, faute de texte clair.
Crédits d’heures et autorisations d’absence
Le Code du travail accorde aux élus municipaux des crédits d’heures trimestriels pour exercer leur mandat. Ces heures ne sont pas rémunérées par l’employeur mais sont protégées : un refus systématique constitue une entrave au mandat.
Pour les adjoints, le volume de crédits d’heures est plus important que pour un simple conseiller municipal, en cohérence avec la charge de travail supérieure liée aux délégations.
Statut de l’élu local : ce que change la loi de décembre 2025 pour l’articulation mandat-emploi
La loi n° 2025-1249 ne se limite pas aux indemnités. Elle a restructuré plusieurs dispositifs qui touchent directement l’articulation entre vie professionnelle et mandat local.
Le congé électif a été allongé. Un salarié candidat aux élections municipales dispose désormais d’un nombre de jours de congé supérieur à ce que prévoyait l’ancien dispositif, facilitant la campagne sans poser de congés payés.
La sécurisation de la fin de mandat a aussi été renforcée. Un adjoint qui perd son mandat (non-réélection, démission, fin de mandat) bénéficie de mesures facilitant son retour à l’emploi. Le texte prévoit un accompagnement dans le parcours de reconversion, un point qui répond à une demande ancienne des associations d’élus.
La formation des élus locaux a également été revalorisée. Le droit individuel à la formation (DIF élu) permet de financer des formations liées au mandat ou à la préparation de la reconversion professionnelle. Ce droit est distinct du compte personnel de formation (CPF) du salarié.

Déclaration fiscale des indemnités de fonction : les règles pour 2026
L’Association des maires de France (AMF) publie chaque année une note relative à la déclaration des indemnités de fonction à l’impôt sur le revenu. Pour la déclaration 2026, les indemnités perçues en 2025 doivent être déclarées selon le régime applicable.
Deux options existent. L’élu peut opter pour la retenue à la source spécifique, prélevée directement sur l’indemnité par la collectivité, qui libère de l’impôt sur le revenu pour cette somme. Cette option est avantageuse pour les élus dont les autres revenus sont modestes.
L’autre possibilité consiste à intégrer l’indemnité dans le revenu imposable global du foyer, après application d’une fraction représentative de frais d’emploi. Ce choix s’avère parfois plus favorable pour les adjoints dont l’indemnité reste faible par rapport à leur salaire professionnel.
L’indemnité de fonction et le salaire professionnel se cumulent dans le revenu fiscal du foyer lorsque l’élu choisit l’intégration. Le choix du régime fiscal mérite un calcul comparatif chaque année, car la situation peut évoluer d’une déclaration à l’autre.
Communes de petite taille : un cumul souvent contraint
Dans les communes de moins de 3 500 habitants, les indemnités d’adjoint restent modestes. Le mandat représente une charge de travail réelle, parfois comparable à un mi-temps, sans compensation financière proportionnelle.
Ce décalage explique pourquoi la quasi-totalité des adjoints de petites communes conservent leur emploi. Le mandat ne permet tout simplement pas de vivre de la seule indemnité. La loi de décembre 2025 a tenté de répondre à ce problème en revalorisant les indemnités des élus des plus petites collectivités, mais l’écart avec les grandes villes reste structurel.
L’articulation entre mandat et emploi reste le principal frein à l’engagement local. Les protections du décret de juin 2026 sur les avantages sociaux constituent un filet de sécurité supplémentaire, mais la question du temps disponible demeure entière pour un adjoint qui travaille à temps plein par ailleurs.

